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Le temps a beau passer, l’expérience a beau se construire, il existe des questionnements qui demeurent perpétuels à l’homme. Le mystère de la vie en est un. Il m’est arrivé, moi aussi, de me demander à quoi j’étais rattachée, pourquoi je vivais. J’ai tenté de trouver des réponses logiques, concrètes, simples et personnelles, des réponses « convenables » ou du moins qui me semblaient telles. Pourquoi existe t-on, pour qui existe t-on, comment existe t-on, par quel moyen extraordinaire la matière qui nous constitue s’est-elle assemblée afin de nous faire nous animer, quel est ce souffle qui nous permet d’être et de demeurer […] ? En autant de questions que sont ces semblants de pistes erronées, je tentais d’apprivoiser ces énigmes secrètes. À mesure que j’avançais, je me trouvais confrontée à un nouvel obstacle, toujours plus dense, toujours plus haut que les précédents et qui, par cet attribut, me faisait espérer d’arriver un jour au sommet, où je verrais la lumière. Pourtant, les ombres demeuraient. Elles persistaient, toujours plus noires à mesure que le temps passait, et paraissaient s’évanouir, ou du moins à mes yeux, dès qu’une lueur d’espoir ou de renouveau prétendait éclairer mon quotidien, d’ordinaire si monotone.

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C’est ainsi que semble être fait ce monde si étrange, étranger malgré toute chose à l’homme qui croit le connaitre si bien. Toute existence suit un fil conducteur, histoire dominante de cette histoire. Cependant, dès qu’un incident vient troubler le cours normal des choses, on se laisse distraire, impitoyablement, jusqu’à en oublier ses aspirations essentielles. Les aléas secondaires sont, inexorablement, projetés au devant de la scène de notre existence comme s’ils étaient notre unique raison de vivre, et ce au détriment de l’entité qui habite un être de chair et d’esprit.

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« Malheur à celui qui, au milieu de sa jeunesse, s’abandonne à un amour sans espoir !
Malheur à celui qui se livre à une douce rêverie avant de savoir où sa chimère le mène et s’il peut être payé de retour ! »
Alfred de Musset
Les caprices de Marianne

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Pendant un temps, je pensai avoir résolu le problème de ma raison d’être. Une fois de plus, une pensée secondaire emplit mon esprit, emprisonnant ma lucidité et détournant mes réflexions. Prise au piège, cloisonnée, je continuais d’avancer, aveugle, persuadée d’arriver à mon apogée. Mon état de béatitude presque complète et qui paraissait me donner la possibilité d’aller toujours plus de l’avant de ma propre initiative, ne faisait que me contraindre à emprunter une piste d’apparence dégagée mais en réalité bien loin d’être facile à suivre. Je ne devais pourtant le découvrir que bien plus tard…
En attendant cette prise de conscience qui s’avéra tant fulgurante que douloureuse, je vivais des moments heureux, partagés entre le bonheur que peut prodiguer les sentiments humains et celui, calme et serein, d’un cadre de vie agréable bien qu’assez répétitif. Je croyais voir en chaque chose de petits progrès, des marques, des signes, alors que toute manifestation n’était probablement que le fruit du hasard. Silencieusement, je continuais à m’enfoncer sur un chemin qui se révélait de plus en plus étroit, annonçant une lente descente éternelle. N’ayant personne à qui confier mes secrets douloureux, mes peurs cachées, mes regrets et mes doutes, je décidais de faire comme si ma vie suivait le cours tranquille d’un fleuve qui ne tarit jamais, qui ne s’emballe jamais, qui se prolonge à jamais, et je persévérais dans ma course, solitaire. Au fond, c’est dans la solitude que l’épanouissement est le plus complet. C’est du moins ce dont j’étais persuadée, ou plutôt ce dont je me persuadais.

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Enfin arriva le jour où je compris que le rocher, l’obstacle qui se trouvait devant moi et me barrait le chemin était trop imposant pour que je puisse y faire face seule. C’est en cherchant de l’aide que je pris conscience de l’état d’abandon absolu dans lequel je languissais, à la fois malgré et contre moi. M’apercevant que je m’étais égarée, je décidais de me laisser emporter par le vent, espérant qu’il m’indiquerait la voie à suivre pour répondre au bonheur auquel j’aspirais. Ce jour là, je tombais de haut.

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Je ne puis affirmer m’être intégralement remise de cette aventure éphémère qui m’empêcha, quelque temps, de considérer objectivement l’ultime but que je m’étais fixé, et que je poursuis encore, dans un élan d’espérance. Je ne saurais non plus confirmer la thèse indiquant qu’un événement assez important se produisit entre le moment où je marchais encore et celui où je me laissais tomber. Je sais simplement que la chute fut douloureuse et que je me brisais contre les écueils, éclatant de toutes parts…