C’était un petit matin de mars, ou d’avril peut-être. Le soleil s’était levé tôt sur la vallée, faisant rayonner le grand manteau immaculé qui recouvrait l’espace. C’était éblouissant, et ce dans tous les sens du terme. Bien que je puisse qualifier ce souvenir de réminiscence, je parviens encore à me rappeler de la vue magnifique qui s’offrait à moi et de l’ambiance chaleureuse dans laquelle j’étais immergée. Je me trouvais dans un état de quiétude absolue, dans un univers connu, plaisant et rassurant. En faisant appel à ma mémoire, je réussis à reconstituer la scène, à revoir le décor, les acteurs… Je me vois près de la grande baie vitrée donnant sur un paysage de rêve, un paysage parfaitement lilial, opalescent. Ce n’est cependant pas par celui-ci que mon regard est attiré ; les yeux fixes, dans le vague, me voilà perdue dans mes pensées, mes réflexions. Je suis absente, comme cela m’arrive si souvent. Absente, en voyage avec moi-même dans les détroits de la conscience, ou de l’inconscience, je ne sais trop. Autour de moi, plus rien n’a d’importance. Tout s’évanouit pour laisser place à une représentation visuelle de ce qui est abstrait, de choses qui sont intéressantes ou qui ne le sont pas, peu importe au fond… Je contemple la scène, placée quelque peu en hauteur, je me sens bien. Je sens la présence de personnes avec qui je goûte de vrais instants de plénitude, et leur proximité me satisfait. Je ne sais peut-être plus quelle fut la raison de mes réflexions profondes, ce jour-là, mais je me rappelle avec certitude en être sortie, brutalement. Peut-être ai-je regardé de tous côtés avant de comprendre la situation, peut-être mes yeux sont-ils restés sur un point ancré du tableau, je ne saurais le dire. Une ellipse s’est opérée dans mon esprit, si bien que certaines données ne figure plus parmi celles qui constituent ma connaissance. Je peux tout de même affirmer m’être retournée et, après cela, ou peut-être avant, avoir prononcé quelques mots. Une phrase, ou peut-être deux. Tout cela demeure incertain. Je vais chercher un crayon, quelques feuilles, une représentation. La représentation d’un tableau, un tableau de Caspar David FRIEDRICH, datant de 1810 : « Femme à l’aube ». Jusque là, rien d’extraordinaire. Il ne s’agit que d’une oeuvre picturale à partir de laquelle il me faut réaliser un travail, un écrit. Observer, noter les impressions, écrire. Un travail en trois temps. Ce n’est d’ailleurs pas ce tableau auquel il faut porter attention ici, mais plus les étranges sensations qu’il dégage. En outre, beaucoup d’artistes, de génies, s’accordent et s’accordèrent à dire qu’il existe un lien étroit entre les différents arts. Musique et peinture, musique et littérature, littérature et peinture, notamment. Pour réaliser certaines oeuvres magistrales, des créateurs se sont inspirés de réalisations antérieures, et plutôt dissemblables… Voulant avoir l’avis de ceux qui sont présents dans ce petit espace, à la fois clos et ouvert sur le monde au moyen de grands panneaux de verre, je questionne tour à tour ces êtres que j’apprécie tant. Si elle me répond par quelques bribes de phrases, lui élude ma question. Déterminé, j’essaie d’obtenir une réponse qui me convienne, ou du moins comprendre pourquoi ce refus. A cela, on me répond une phrase, une seule : « Ecrire, de la même manière que dire ce que l’on voit, c’est se dévoiler »…

Femme à l

J’avais presque oublié la distance qu’a toujours gardé mon grand-père vis-à-vis de toutes choses. À présent, cela me semble légitime…
Je ne mettrai pas, du moins pas pour l’instant, ce que j’écrivis ce jour-là, mais j’espère que ceux qui me connaissent sauront reconnaître une part de moi à travers les mots qui figurent ici, ces mots formant des phrases. Le contraire m’affligerait, m’abaissant selon mon jugement, aussi sévère soit-il, au rang d’être futile, vivant dans l’apparence plutôt que la vraisemblance…